Espace [IM]Media

EIM – Espace [IM] Media 2019

Connexions sous surveillance

La transmission d’information implique une connectivité de plus en plus présente. Parallèlement, l’hyper connexion appelle une transmission de données d’autant plus importante. Dans cette relation transmission-connexion, s’insinuent des interstices par lesquels fuit l’information. On peut penser aux leaks associés à Snowden, à Assange ou à Manning. On peut aussi voir dans l’idée de fuite celle d’infiltration et de fil conducteur : des passages sont aménagés et des contenus véhiculés.De l’infiltration à la surveillance, il n’y a qu’un pas. Alors que cette dernière devient banale et socialement acceptée, elle prend des formes de moins en moins évidentes. À la limite de la légalité, évoluant dans des zones grises et le plus souvent de manière imperceptible, la surveillance est devenue, à travers l’ultra-connexion, aussi invasive que pervasive. Elle est aussi une forme subtile de violence dont l’argument premier est de nous protéger.

Que ce soit par Internet ou par satellite, des données sont constamment en transit partout où passent les ondes. Elles témoignent du fait que nous sommes surveillés, monitorés en tout temps, suivis pas à pas dans nos déplacements, épiés dans nos moindres incursions sur le web. Il y a la surveillance que l’on sait, celle qui s’exerce dans l’espace public à l’aide de caméras et celle de l’état, administrative et banalement légale. Il y a aussi la surveillance qui advient à travers l’enregistrement de nos données via nos achats en ligne et nos cartes de crédit, nos actions sur les réseaux sociaux, nos déplacements que facilite le GPS, et quoi d’autre…? Nos téléphones portables qui nous écoutent en permanence?

Devant cette réalité devenue quotidienne, peut-être faut-il s’interroger sur notre confort face à l’état des choses, de même que sur notre capacité à évoluer dans un contexte à double fond. Nous devons désormais composer avec les agendas sous-jacents, les motifs dissimulés dans la moquette et ce que les entreprises telles que les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon) planifient pour nous à long terme.


Pour EIM 2019, nous avons réuni des œuvres qui entrent en résonance, de près ou de loin, avec les enjeux de connexion, de transmission, de surveillance, de captation, d’observation, d’infiltration et d’invasion. On y découvrira : un dispositif d’archivage et de monitoring de la mémoire (Sébastien Cliche); des parcours sonores où les déplacements du public sont les déclencheurs d’événements audio (Myriam Bleau, Steve Heimbecker); des compositions sonores qui infiltrent l’espace public et qui nous parlent de fake et de hack (Pierre-Luc Lecours, Phillip David Stearns).

Des œuvres présentées en partenariat avec le Musée des beaux-arts de Sherbrooke, la Galerie d’art du Centre culturel de l’Université de Sherbrooke et la Galerie d’art Foreman de l’Université Bishop suivent également ce filon thématique. On pourra voir et entendre : la transmission de « messages » captés depuis le cosmos (Véronique Béland); un système permettant de visualiser le bombardement d’ions à 100 000 km/sec (Herman Kolgen); une investigation autour de la transmission d’une mémoire technologique (Philippe-Aubert Gauthier et Tanya St-Pierre).

Cette année également, EIM présente trois projets satellites de résidence-création qui se déploient dans les municipalités de Compton, de Valcourt et de Saint-Camille, ainsi qu’à l’ASTROlab du Mont-Mégantic : l’univers agro-alimentaire et ses technologies de précision y seront observés (Mériol Lehmann); on infiltrera les rues à vélo la nuit tombée en mode activisme tranquille (Alexandre Castonguay et Mariángela Aponte Núñez); le portrait numérique d’une communauté et d’un territoire sera généré à partir de caméras de surveillance (Isabelle Gagné); on suivra un parcours en trois temps où montagne, observatoire et ciel seront scrutés par l’objectif de la caméra (Jean-Pierre Aubé).

Du côté de la performance, un espace sera à la fois mis sur écoute et mis en abyme (Sébastien Cliche et Julie Faubert); l’utopie futuriste d’enregistrement haute-fidélité et de transmission audio-vidéo sera revisitée (Tasman Richardson); des glitches provenant d’un Atari 2600 seront remixés et retransmis (Tasman Richardson); de l’information codée se rendra graduellement audible (Pierre-Luc Lecours); une forêt et ses événements sonores feront l’objet d’observations et d’expérimentations (Émilie Payeur); les étoiles et leurs exoplanètes seront également examinées (Jean-Pierre Aubé); et un principe d’imprévisibilité et de mise en abyme sera à l’oeuvre au coeur d’une performance sonore (Jesse Osborne-Lanthier).

Nous sommes connectés et sous surveillance certes, mais pourvus de projets et de propositions qui contribuent à éclairer et redéfinir notre présent.

Sur ce, bon festival ! Et n’oubliez pas de vous déconnecter à l’occasion 😉

Nathalie Bachand et Éric Desmarais, co-commissaires